De « Jeune et Jolie » à « La Vie d’Adèle » : la sexualité féminine fait son cinéma

Adèle en lingerie sexy

Après “Jeune et Jolie” de François Ozon – portrait d’une adolescente de 17 ans qui se cherche en se prostituant comme elle vivrait une autre expérience extrême – c’est « La Vie d’Adèle » qui expose en ce moment à l’écran l’éveil du corps d’une jeune femme. Bien loin du stéréotype de la femme passive qui subit sa sexualité, ce sont des femmes qui partent activement à la recherche de leur propre sexualité que le cinéma d’aujourd’hui illustre. Avec tout ce que ce que cette recherche comporte de plaisir, de douleur et d’apprentissage.

La sexualité féminine au cinéma, d’hier à aujourd’hui

Dans un monde cinématographique encore largement dominé par les hommes – une seule réalisatrice en compétition dans la sélection officielle du festival en 2013, aucune en 2012 – ce sont à travers un prisme masculin que les femmes sont représentées. La question du désir féminin – ce continent noir – reste un sujet entouré de mystère et pendant longtemps la femme a été réduite à ne représenter qu’un fantasme masculin. Marylin Monroe, cette actrice mystifiée à l’excès est le symbole absolu de cette mise en scène de la féminité. Celle-ci déclara au Magazine Life, peu avant sa mort, en juillet 1962, combien le public ne voyait pas en elle la femme et actrice qu’elle était mais bien uniquement, l’image qu’elle représentait : « Je comprends très bien que les gens veuillent se rendre compte que vous existez réellement », confia-t-elle. « Jeune et jolie » et « La vie d’Adèle », ne sont que deux exemples contemporains des tentatives de présenter la femme sous un nouvel angle, plus complexe, moins lisse, afin de signifier les nouveaux enjeux de la condition féminine.[1]

marilyn

Jeune et Jolie : La sexualité féminine passive

« Complexe » est même un mot faible pour qualifié la féminité qu’Ozon nous représente. Opaque, insaisissable, sont des mots plus justes.

Le cinéaste met en scène avec une dérangeante inspiration l’aventure de son héroïne Isabelle qui, au-delà du bien et du mal, se cherche et s’expose dans un parcours transgressif.

« Cette fille se prostitue comme elle pourrait se droguer ; pour se heurter au monde et trouver sa vérité. C’est une fille singulière qui vit ce qu’elle à vivre et ne veut pas en débattre.» explique Marine Vacth qui incarne l’héroïne avec une présence lumineuse. « Ses silences me touchent. Je m’y retrouve, j’ai eu envie de l’accompagner. » poursuit-elle

La force trouble de ce film est non sans rappeler « Belle de Jour « de Buñuel, mais l’opacité des motivations d’Isabelle sont beaucoup plus épaisses.

François Ozon avait suscité la polémique en déclarant que «Les femmes peuvent se sentir proches (d’Isabelle), car la prostitution est un fantasme commun à de nombreuses femmes (…) Cela ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payée pour coucher est quelque chose qui est assez évident dans la sexualité féminine ».

Pourtant est-ce vraiment la satisfaction d’un fantasme qu’Isabelle recherche ? Elle ne semble pas y prendre plaisir, et ce n’est pas non plus l’argent qui l’attire, puisqu’elle vient d’une famille aisée et qu’elle entasse ses billets dans son armoire. « Sur le moment je ne ressentais presque rien » dit-elle. Mais elle poursuit « Et quand j’y repensais après, à la maison, au lycée, j’avais envie de recommencer. »

Il semblerait qu’elle cherche à percer un mystère, son propre mystère, mais sans grand succès. Elle s’expose. Puis s’observe.

« Observée à travers des jumelles, une ravissante demoiselle se dore langoureusement au soleil, en contrebas sur la plage. La piste du voyeurisme, immédiatement désamorcée (le mateur est en effet son petit frère !), reparaîtra à plusieurs reprises. Notamment lors de la scène de dépucelage au cours de laquelle Isabelle se dédouble pour se regarder dans les bras de son premier amant ou dans cette image récurrente à l’hôtel où la belle contemple son reflet dans la glace. La question du regard est réellement centrale dans Jeune & jolie. (…) Si « on n’est pas sérieux, quand on a 17 ans », comme l’a écrit Arthur Rimbaud, on n’est, à cet âge charnière où tout semble encore trop immobile, que ce que les autres projettent sur vous : une fille, une soeur, une copine, une petite amie… Isabelle, quant à elle, s’invente un autre rôle, prostituée, un autre prénom, Léa » analyse Isabelle Danel, la critique de Première.

Sujet ou objet ? Finalement nous ne savons pas bien si Isabelle est active ou passive dans sa sexualité. Elle endosse activement son rôle de femme objet, découvrant à la fois le pouvoir qu’elle exerce sur les autres – les hommes, ses parents, les adolescents de son âge – et la force que les autres peuvent exercer sur elle lorsqu’elle s’abandonne. Elle se confronte à ce sombre jeu de pouvoir sexuel comme pour se sentir exister, mais il n’en ressort qu’une grande solitude affective et sexuelle qui laisse le spectateur plein du sentiment de désolation. Mystère et mélancolie.

 

 

La vie d’Adèle : La sexualité féminine active

C’est également sans jugement et avec une camera au scalpel qu’Abdellatif Kechiche nous expose l’éveil du corps de sa jeune héroïne Adèle. Trois heures immersives dans l’intimité d’une jeune femme qui découvre l’amour, le désir, la vie. C’est le film des première fois (premier baiser, première fois, première rupture amoureuse, premier job) qui nous montre la naissance d’une femme. Une histoire banale, mais qui n’en est que plus saisissante dans ses moments d’émotions et de palpitations au plus près du réel.

Adèle, née après la révolution Sartrienne, découvre sa liberté et le parfois difficile chemin vers soi. Si elle se laisse d’abord poussée par les normes sociales en tentant une expérience avec un homme qui ne l’attire pas, elle se prend activement en main en s’aventurant seule dans un bar lesbien à peine âgée de 17ans. Elle y fait connaissance avec la femme qui la révèlera à elle-même et l’aidera à s’épanouir dans sa sensualité.

Adèle n’a pas froid aux yeux. Elle mange, aime, désire avec un féroce appétit.

Mais son chemin ne se fait pas sans embûche, car il n’est pas toujours facile de savoir exactement qui on est, qui on aime, et de s’assumer pleinement face au regard de l’autre. La découverte du soi est un long parcours qui ne s’arrête jamais.

La vie d’Adèle est un des rares films qui ose dévoiler l’homosexualité féminine. Une sexualité qui peut se passer d’homme, et qui n’en reste pas moins intense et charnelle. Certaines scènes peuvent choquer par leur crudité. Mais au final, le fait qu’il s’agisse d’une passion homosexuelle n’importe peu, la dissection des émotions est universelle.

 

La sexualité féminine est multiple

La vie d’Adèle et Jeune et Jolie nous montre deux facettes d’une féminité qui se cherche. Tiraillées entre désir de passivité et désir de maîtrise, entre pression des normes sociales et prise de conscience de leur liberté, entre libération assumée et code traditionnels revendiqués (même parfois fantasmés) les femmes d’aujourd’hui peuvent entretenir un rapport complexe à leur sexualité.

Une complexité que je peux observer dans l’ambivalence de certaines femmes devant l’idée de portée de la lingerie sexy. Entre l’envie d’être intensément désirée et la peur d’être prise pour objet, l’envie d’être conquérante et l’envie d’être séduite, l’envie de plaire et l’envie d’être authentique, l’envie d’explorer et la peur de se perdre, le choix peut en effet paraître compliqué.

Accusé de misogynie, François Ozon, s’était défendu en arguant sa volonté de mettre en scène la pluralité des désirs féminins. Je pense qu’il n’existe en effet pas qu’un seul chemin pour accéder à sa féminité, et que celle-ci restera toujours pleine de mystère. La véritable liberté sexuelle est celle qu’on s’invente.

 

 

PS : auriez-vous vu qu’Adèle porte aussi bien dans la vidéo promo que dans le film une mauvais taille de soutien-gorge? Elle devrait lire le précédent article de conseils pratiques de lingerie sur comment mesurer sa taille de soutien-gorge ;))

 


[1] Source : http://www.womenology.fr/fr/reflexions/quand-le-cinema-met-en-scene-la-sexualite-feminine/

2 Commentaires

  • J’aime beaucoup votre blog! Cette analyse est très intéressant et je pense que vous avez bien utilisé ces exemples des films. Je n’ai pas vu « La Vie d’Adèle » mais je pense que c’est un film qui a beaucoup des éléments provocants. (Excusez mon français, s’il vous plait– c’était longtemps depuis je l’ai parlé beaucoup).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *