Et les hommes dans tout ça ?

gaine homme musée

 

Après un agréable break pour les vacances, me voici à nouveau derrière l’écran pour disserter sur le monde des dessous. Et chose promise, chose due : cette fois-ci, pour changer, c’est aux hommes que je m’intéresse ! Dans mon précédent article « La mécanique des dessous aux Arts Déco : l’expo qui dévoile tout », je vous avouais que l’exposition m’avait fait découvrir une histoire des dessous masculins bien plus riche que je ne l’imaginais, et qu’il fallait bien s’y intéresser de plus près…

 

L’exposition fait effectivement la part belle à l’univers masculin et sa quête de virilité. Pourpoints, amplificateurs de mollets, épaulettes, ceintures d’estomac, slip-gaines, slip renforcés aux fesses, boxer push-up… les artifices pour modifier la silhouette des hommes ne sont en réalité pas moins nombreux que ceux créés pour les femmes.

Pourpoints et valeur guerrière

Le musée commence par nous dévoiler les pourpoints étonnamment rembourrés du XIVe au XVIe siècle, le plus ancien modèle datant de 1370. Le pourpoint est une veste courte et matelassée qui gonflait artificiellement le buste pour le faire paraître plus puissant. D’abord pièce militaire qui se portait sous l’armure pour protéger le corps, le pourpoint est devenu vêtement civil dont s’habillaient les rois et les nobles, soucieux d’incarner les valeurs du guerrier victorieux.

L’imposture de la braguette

Mais la pièce la plus étonnante reste la braguette, coque rigide au niveau du pénis, qui à partir de Charles VIII (1498-1518) figure un sexe masculin en érection. Pendant un siècle, la braguette a été le point de mire du vêtement masculin. L’époque qui a appris à voiler le sexe de la femme a, en compensation, mis en valeur celui de l’homme. Montaigne critique dans ses essais « ce vain modèle et inutile d’un membre que nous ne pouvons seulement nommer honnêtement, duquel toutefois nous faisons montre et parade en public. (…) A quoi faire la montre que nous faisons à cette heure de nos pièces en forme, sous nos gregues, et souvent, qui pis est, outre leur grandeur naturelle, par fausseté et imposture ? »

 

charles quint braguette

 

Montaigne aurait également pu s’étonner devant l’imposture des bas rembourrés du XVIII siècle (à l’époque la virilité d’un homme se mesurait à la taille de leurs mollets), ou devant les ceintures d’estomacs portés par les hommes au début du XXe. Mais après tout, existe-t-il vraiment un corps naturel en société ?

 

Bas rembourré ou faux mollet France 1850-1890 © Jean Tholance

Bas rembourré ou faux mollet France 1850-1890 © Jean Tholance

Ceinture pour homme 1er-tiers du XXe siècle © Patricia Canino

Ceinture pour homme 1er-tiers du XXe siècle
© Patricia Canino

 

Et aujourd’hui? Boxer push up et slips rembourrés

Ces artifices masculins sont-ils dépassés aujourd’hui ? Pas tant que ça, et on a observé au début du XXIe siècle la création de nouveaux modèles de boxer push up, slip rembourrés aux fesses et gaines pour les hommes désireux de flatter leur virilité. La marque Aussiebum par exemple a créé Wonderjock pour répondre à la demande de clients « manifestant un intérêt pour une apparence plus avantageuse, exactement comme les femmes qui portent un Wonderbra [1] » Alors, à quand la taille AA à la taille DD pour les sous-vêtements masculins ?

 

 

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[1] Sean Ashby cité par Freyan Petersen, « Aussiebum : down under designs in more ways than one »,International Herald Tribune, 21 janvier 2008

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