Lingerie, luxe et dentelle : des histoires qui s’entremêlent

Crédit photo : Lingerie Les Jupons de Tess La dentelle est intimement liée à la lingerie. On ne pourrait pas imaginer l’une sans l’autre. Délicates, précieuses, mystérieuses, elles savent toutes les deux jouer sur le « caché – montré » : voiler et dévoiler juste ce qu’il faut. Avant de trouver l’accord parfait avec la lingerie, la dentelle a autrefois été portée principalement par les hommes et les ecclésiastiques, pendant un temps a fleuri tous les meubles, tapis de table, rideaux ou draps, et pendant un autre, a envahi les multiples jupons des dames, mais a toujours été un symbole de luxe et de raffinement. 400 ans d’histoire de passion, d’art et de savoir-faire.

Lingerie femme en dentelle

Dessus-dessous

Puncta in aera, points en l’air, tel est le nom sous lequel la dentelle fut initialement designée, et aucune expression ne rend mieux l’idée du travail de cette bordure de fil jetée dans le vide au-delà de la toile et ensuite, brodée en l’air. Ces motifs et ces réseaux ont reçu des modifications nombreuses selon les époques et les pays, mais la base en est restée immuable, de même que les outils – l’aiguille ou les fuseaux -qui servent à les produire. Cette prouesse technique apparût dans la première moitié du XVIe siècle, à une époque où l’on voit naître un véritable « art du paraître », et où l’on apporte un soin croissant à l’hygiène corporelle. La mode est aux chemises apparentes sous les vêtements, en particulier à l’encolure et au bas des manches. C’est la version primitive de la mode des dessus-dessous ! A ce linge blanc, symbole de propreté, on souhaite apporter un décor raffiné. La dentelle, avec son caractère souple et aérien, répond parfaitement à cette demande de transparence et de légèreté. Cet accessoire de toilette connu un véritable engouement dans tous les pays d’Europe. Objet de luxe, couteuse, très longue à réaliser, elle devient, à la fin du XVIe siècle un véritable faire valoir esthétique et social. Partout le proverbe vénitien : « Avant le pourpoint, la chemise », pouvait s’appliquer.

Luxe, mode et démesure

En Espagne, les dames ne portaient pas moins de douze jupons garnis de dentelles ! La reine Elisabeth d’Angleterre possédait, paraît-il, près de trois mille robes garnies de dentelles ; elle en ornait tous ses vêtements, y compris ceux de nuit. Les hommes n’étaient pas en reste, et il est assez curieux de remarquer que ce n’est pas l’influence du goût féminin qui a donné l’impulsion la plus grande à l’industrie de la dentelle, mais bien celle du goût masculin : les plus belles pièces étaient fabriquées à cette époque pour les costumes de cour, les robes des prélats. La quantité de dentelles employées pour garnir douze costumes de Charles Ier, roi d’Angleterre, pourra donner une idée du luxe à outrance : il ne fallut pas moins de mille mètres pour les douze cols et les vingt-quatre paires de manchettes ! En France, c’est sous Louis XIV que XIV que nous arrivons à l’apogée du luxe des dentelles. Les parements, les cols, les jabots en dentelle ne suffisaient plus ; on en garnit les revers des bottes molles ; les jarretières disparaissaient sous des flots de dentelles, et cette habitude amena la mode des canons, sorte d’ornements extravagants, en forme de cylindre, qui retombaient tout le long de la jambe. Molière, dans son Ecole des maris, se moque de cette mode un peu grotesque lorsqu’il fait demander par Sganarelle à son frère Ariste s’il entend l’obliger à porter :

De ces grands canons où, comme en des entraves,

On met tous les matins ses deux jambes esclaves,

Et par qui nous voyons ces messieurs les galants

Marcher écarquillés ainsi que des volants.

 Les dépenses de la cour étaient telles, qu’un édit somptuaire parut au moment du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse. On imagine que beaucoup de gens durent exprimer la même joie que Sganarelle :

            Oh ! Trois et quatre fois béni soit cet édit,

            Par qui des vêtements le luxe fut interdit ;

            Les peines des maris ne seront plus si grandes,

            Et les femmes auront un frein à leurs demandes.

 Pour enrayer l’importante fuite de capitaux français que provoquait l’achat de dentelle étrangère, Colbert, surintendant des finances, mit en place une politique visant à limiter les importations et à implémenter de façon officielle cette industrie lucrative en France. Né d’une évolution d’ordre économique, ce « point de France » devient rapidement une référence qui sera copiée à son tour. L’industrie continue à proposer jusqu’au règne de Louis XVI, mais la révolution oblige plusieurs centres de fabrications à fermer. Certaines ouvrières s’expatrièrent, en transférant leur savoir faire. C’est ainsi que la Belgique récupéra la technique « Valenciennes » et l’industrie de ses dentelles si renommées.

Des monstres d’aciers pour produire de la dentelle

La révolution industrielle du XIX siècle apporta un nouvel essor à l’industrie de la dentelle avec l’apparition timide au départ, puis de plus en plus convaincante de la production mécanique. C’est en 1809 qu’un tout jeune ingénieur Anglais inventa le premier métier à tulle composé d’un système de bobines et chariot. Le tulle devait ensuite être rebrodé à la main pour produire un « effet dentelle ». L’invention fut rapidement brevetée. A l’époque, les douanes françaises n’acceptaient pas le commerce avec l’Angleterre, mais cela n’empêcha pas pour autant l’exportation des métiers, qui arrivèrent sur le sol français en pièces détachées et en toutes illégalité, ce qui explique leur concentration dans le Nord-Pas-de-Calais. En 1809, un certain Leavers eut l’idée d’allier la technique Jacquard à ces métiers à tisser, et c’est ainsi que d’un métier à tulle on a pu évoluer vers un véritable métier à dentelle, avec une imitation très proche du travail à la main. Ce sont d’énormes machines pesant plusieurs tonnes, au vacarme assourdissant, contraignant les ouvriers à porter des protections auditives. Il est également manifeste que ce changement marque aussi le passage de la dentellière aux mains agiles à l’ouvrier aux épaules robustes, car pour faire fonctionner de tels monstres une grande force physique est nécessaire. Cette révolution technique n’a malheureusement pas été sans conséquences pour les nombreuses ouvrières (on en décomptait 100 000 dans la région du Puy) qui se retrouvèrent hors de la course face au rythme effréné de ces nouvelles machines.

Le mariage de la dentelle et de la lingerie

Au XXe siècle, une nouvelle révolution vient changer le cours de vie de la dentelle : celle de l’invention du nylon et du lycra. Devenue plus souple et flexible, la dentelle s’imposa comme une matière idéal pour la confection de lingerie fine. Dentelle et lingerie n’était-elles pas faites pour vivre ensemble ? Qu’elle soit noire, transparente, mystérieuse, ou blanche, aérienne, virginale, la dentelle met en valeur le corps d’une femme, épouse ses formes tout en montrant une partie de sa peau sans jamais tout dévoiler. La créatrice Chantal Thomass, dans un interview pour la sortie d’une exposition lingerie au musée de la dentelle et de la mode, explique sa prédilection pour la dentelle dans ses créations de lingerie de luxe : « C’est une matière que j’ai toujours beaucoup aimé. Elle offre des possibilités extraordinaires. Elle peut être à la fois transparente et légère, sensuelle et mystérieuse, mais aussi très graphique comme un imprimé, avec des jeux de relief, d’ombre et de lumière. Elle est, je trouve, très moderne. » Aujourd’hui 80% de la production de dentelle en France est destinée à la création d’article de lingerie de luxe. Aujourd’hui encore ce sont les même métiers Leavers qui sont utilisés pour produire les dentelles les plus raffinées. Ils n’ont pas été vendus en Asie donc le savoir-faire reste unique et inimitable en France. Soutien gorge en dentelle absolutely pomNuisette en soie Absolutely Pom lingerie Soutien-gorge en dentelle Carla Absolutely Pom, et Nuisette en dentelle et soie Mary Absolutely Pom, chez Miroir de Muses Et pour vous, la dentelle ça représente quoi ? SOURCES : –       La dentelle, Historique de la dentelle a travers les âges et les pays, Mme M. De Brieuvres, Librairie Garnier Frères. –       http://polemodeouest.jimdo.com/newsletter-n-2/dossier-sp%C3%A9cial-la-dentelle-et-la-broderie/une-petite-histoire-de-la-dentelle/ –       25 ans de lingerie, Préfiguration du Musée de la Dentelle et de la Mode, entretien avec Chantal Thomass par Shazia Boucher et Annette Haudiquet, Calais, 21 juillet 1997 –       Histoire de la lingerie, par Chantal Thomass et Catherine Ormen, Editions Perrin

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Nuisette en soie Mary
Absolutely Pôm
Soutien-gorge triangle Carla Ivoire
Absolutely Pôm
Soutien-gorge Push-up Bustier Arpège Ivoire
Huit
Culotte Carla Ivoire
Absolutely Pôm
Culotte haute Arpège Ivoire
Huit

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